Les médias comme instances de normalisation (la peur des représentations)
Bibliographie:
Maurice Mouillaud et Jean-François Tétu, « Sous quelle(s) forme(s) », in Le journal quotidien, Lyon, Presses universitaires de Lyon, pp. 35-98.
Entretien avec Marie-José Mondzain, « Image, sujet, pouvoir », par Michaela Fiserova, in Sens Public, Mardi 8 mars 2008.
PLAN:
Introduction ( rappel cours précédent)
Le soupçon à l’égard du visible
La peur des représentations
L’espace public
Introduction
Cours prétendent:
Mouillaud et Tétu dénoncent :
l’illusion référentielle et
l’illusion générée par ce dispositif et la croyance qui lui est associée
Introduction
Les auteurs parlent de l’effet de réel produit par le journal où le journal ne s’affirme pas comme énonciateur mais il pose un réel qui paraît exister « per se » (en soi). L’information doit donner l’impression qu’elle reproduit la réalité. En fait les auteurs affirment que le journal produit « une illusion de réalité » Il s’agit d’une illusion référentielle. Car on n’a pas face à nous « la réalité » mais simplement un ensemble de signes (des images et des textes). Ces effets de réel sont selon les auteurs une proposition idéologique.
Introduction
Objectif de ce cours:
- Rendre justice à l’« attitude naturelle » (voir cours sur Schutz) fondée sur la reconnaissance immédiate de formes typiques
- Donc, rendre justice aux photographies en ce qu’elles donnent à reconnaître (ce qu’elles montrent et non ce qu’elles cachent)
1) Soupçon à l’égard du visible:
Mouillaud et Tétu font preuve d’une défiance à l’égard des images.
La défiance à l’égard des images est de longue date et a eu plusieurs manifestations.
Par exemple:
-La tradition philosophique occidentale a été marquée par le rejet de la fiction et de l’imitation.
-Dans le domaine religieux: l’iconoclasme
Exemple: destruction des Bouddhas de Bamiyan sur la route de la soie par les talibans afghans.
1) Soupçon à l’égard du visible:
Citation M&T:« La photographie, on le sait, parce que ses caractéristiques techniques lui permettent d’enregistrer le réel, présente un caractère analogique beaucoup plus accusé que d’autres formes de représentation graphique ou picturale. Nous nous contenterons de dire pour le moment que cette analogie fonde pour le lecteur le crédit du « dire vrai » qu’il peut accorder au journal. Il est sans doute possible de dire, un petit peu schématiquement pour le moment, que l’information (le « savoir ») que le journal apporte à ses lecteurs s’accompagne plus ou moins nécessairement d’une persuasion (un « faire croire ») ; le lecteur de son côté, exerce nécessairement une interprétation des énoncés qui lui sont soumis : il juge que ce qu’on lui dit ou qu’on lui montre est ou n’est pas ; passant ainsi de la « manifestation » à l’« immanence », il franchit l’écart qui le sépare du « savoir ». Or, si ce jugement est toujours aléatoire lorsque le lecteur du journal lit un article, il est pour ainsi dire assuré dès que ce lecteur a devant les yeux une photographie, c’est-à-dire une image analogique du réel. Depuis une époque assez récente, la photographie a franchi un pas de plus avec la reproduction fréquente de la couleur : l’effet de réalité n’en est que plus important puisque la transposition artificielle des couleurs en noir et blanc n’apparaît plus, le spectacle du monde y semble encore plus « vrai ».
2) La peur des représentations:
« On peut en effet opposer au discours « abstrait », dont le discours scientifique paraît offrir un exemple général, le discours « figuratif » qui organise des représentations en les dotant d’éléments particularisants, qui visent à produire une illusion référentielle, une illusion de réalité, une forme de reconnaissance » (Mouillaud et Tétu, p.77)
2) La peur des représentations:
La défiance de Mouillaud et Tétu à l’égard des photographies de presse se base sur la distinction de deux modes de connaissance, selon eux, antagonistes :
Le savoir est associé avec l’écrit (et le lire) = la connaissance
Le croire est associé avec le visible (avec montrer et voir)= la reconnaissance.
2) La peur des représentations:
Distinction de Mouillaud et Tétu
(connaissance et reconnaissance)
En relation avec la distinction entre la communication « digitale » et « analogique » ( de l’Ecole de Palo Alto, approche systémique de la communication, Watzlawick )
2) La peur des représentations:
NOTE Ecole de Palo Alto :
Groupe de chercheur d’origines scientifiques diverses qui ont travaillé à Palo Alto, à San Francisco- EEUU. Leur point en commun (Jackson, Watzlawick, Bateson, etc.) est la référence à une démarche systémique. Ils ont testé leurs idées théoriques avant tout dans le champ de la psychiatrie. Paul Watzlawick est un représentant éminent de cette école. Il a systématisé les idées de cette école dans son livre « Une logique de la communication. Cette école développera une notion systémique de la communication. C’est qui est important dans la communication est la relation entre les éléments eux-mêmes. Il est bien une approche systémique (ils ont inventé la thérapie familiale systémique, où l’importante es la relation entre les membres d’une famille et non les membres eux-mêmes). Selon eux les troubles psychiques de la personnalité peuvent être ramenés à des perturbations de la communication entre l’individu porteur du symptôme et son entourage. Les maladies mentales sont donc une perturbation ou pathologie de la communication.
2) La peur des représentations:
Communication analogique: lorsque les objets sont représentés par quelque chose qui entretient un rapport relativement direct avec ce qui est représenté. Ce lien direct peut être assuré par la ressemblance. Par.Ex: le dessin
La communication analogique fonctionne sur des grandeurs continues (nuances). Par exemple, une personne sera « jeune », « plutôt âgée » ou « entre deux âges ».
2) La peur des représentations:
Communication digitale: A l’inverse, la communication est digitale lorsqu’un objet est désigné par un symbole (un mot, un chiffre) avec lequel il entretient une relation arbitraire.
La communication digitale repose sur des grandeurs discontinues, de telle sorte qu’elle fonctionne sur le principe du tout ou rien : elle est précise, mais ignore les nuances (telle personne est âgée de 42 ans, 6 mois, 4 jours, etc…).
2) La peur des représentations:
2) La peur des représentations:
Mouillaud et Tétu ne citent pas explicitement la distinction des chercheurs de Palo Alto (comm. Analogique et digitale) mais ils s’y référent. Néanmoins, pour l’Ecole de Palo Alto cette distinction n’est ni normative ni hiérarchisée. Pour eux la communication digitale n’est pas meilleure ni supérieure à la communication analogique, elles sont simplement différentes. En revanche, pour M&T, la communication analogique (photographie) est à la base de « l’illusion référentielle » considérée négative.
Ce qui revient à discréditer la « force de persuasion » de la communication analogique (la photo par exemple). Elle est considérée – comme la croyance qui lui est attachée - comme un effet idéologique (fausse conscience).
2) La peur des représentations: Citation M&T
« La photographie de presse, en privilégiant la situation de communication [dispositif analogique], montre ainsi la spécificité de son rôle dans le journal : permettre la création d’un monde possible, ou, plus précisément, donner l’illusion que ce monde fictif » (M&T, 96)
2) La peur des représentations:
La défiance dont Mouillaud et Tétu font preuve à l’égard de la photographie de presse, tient au rôle transgressif de toutes les analogies à l’encontre de leur ontologie dualiste (=coupure entre le monde et sa représentation, ou entre la réalité et la représentation)
En prétendant être la manifestation d’un lien direct entre le signe et l’objet qu’elle représente, la photographie ignore, selon les auteurs, la coupure sémiotique (coupure entre le monde des signes et le monde réel)
2) La peur des représentations:
Selon l’idée de M&T, la photographie est en rupture avec la science : ainsi, elle ne peut donc être qu’idéologique car elle induit à une confusion entre la réalité et la fiction.
En transgressant la coupure sémiotique, la photographie rompt avec « l’épistémologie objectiviste «. Contre le principe de la « rupture épistémologique », la photographie donne l’illusion qu’il est possible de passer directement du « voir » au « savoir », de la « reconnaissance » à la « connaissance ».
2) La peur des représentations:
NOTE:
RUPTURE EPISTEMOLOGIQUE :
Bourdieu, Chamboredon, Passeron. Le métier de sociologue, EHESS, 1968 (Paris, La Haye)
Selon les auteurs la vigilance épistémologique s’impose surtout pour les sciences sociales par sa familiarité avec son objet d’étude. Cette vigilance veut dire se garder à l’abri des contaminations idéologies, préjugés, idées reçues, bref, illusions.
L’idée est de récuser le langage commun et les notions communes. Ces opinions premières des faits sociaux tirent leur autorité de les fonctions sociales qu’elles remplissent. Elles sont des « représentations » de la vie quotidienne qui expliquent de manière sommaire et schématiques les occurrences et les expériences de la vie. Il faut donc faire usage des techniques de rupture comme l’objectivation au moyen de l’élaboration contrôlée de notions scientifiques afin de briser les relations apparentes entres les phénomènes, pour faire surgir un nouveau système entre les éléments observés.
2) La peur des représentations:
RUPTURE EPISTEMOLOGIQUE :
La sociologie et les sciences sociales en général doivent s’établir comme disciplines scientifiques en se coupant du sens commun.
Il faut épurer les sciences sociales du langage ordinaire qui passe inaperçu mais qui enferme dans son vocabulaire « toute une philosophie pétrifiée du social » (36) pour cela il faut appliquer une critique systématique du langage naturel.
Comme les sciences physiques ont rompu avec toutes les représentations animistes de la matière les sciences sociales doivent faire une « coupure épistémologique » : cette rupture permette aux sciences sociales de séparer l’interprétation scientifique et les interprétations artificialistes du fonctionnement social « c’est seulement à conditions de soumettre à l’épreuve de l’explication complète les schèmes utilisés par l’explication sociologique qu’on peut éviter la contamination à laquelle restent exposées [….] les schèmes communs » ( 40)
BACHELARD disait : « tout chimiste doit combattre en lui ’l’alchimiste » (42)
2) La peur des représentations
Le voir contre le savoir/La reconnaissance contre la connaissance
Plusieurs approches scientifiques (linguistique, politique, etc.) privilégient le discours à l’image car celui- ci serait plus logique ( argumentatif)
Cela revient à renvoyer les images dans le domaine de l’illogique et à les doter du pouvoir de s’imposer en amont de toute réflexion et de tout débat.